Première journée à Vientiane. Très remplie. Avec encore quelques restes du décalage horaire dans les
pattes. Mais une bonne nuit de sommeil dans un cadre paradisiaque nous a bien remontés. La fameuse « jonque » sur laquelle nous accueillent Pascale et Raymond avait alimenté depuis
quelques semaines nos imaginaires respectifs. Pour ceux qui avaient joué à Valdo sur les vieux PC, l’image d’une vieille jonque chinoise en ruines, dans laquelle se cachait un trésor, nous
laissait rêveurs… Au final, nous nous sommes rendus compte que les jonques pouvaient être très agréables à vivre (on vous laisse saliver avec les photos)

Mardi matin, on attaque par un solide petit déjeuner, suivi par une cérémonie dans un petit temple bouddhiste voisin de la jonque. C’est l’occasion de
découvrir la déco bouddhiste… Très colorée pourrait-on dire pour faire poli. Tout à fait kitsh en réalité. La journée est réservée à la découverte de la ville. Marché, déjeuner sur le bord du
Mékong, balades, courses et musées avec petite pause sieste pour ceux qui veulent. Vientiane est la capitale mais reste, selon nos standards occidentaux, une toute petite
ville. 230 000 habitants. Elle est bordée par le Mékong (qui sert à cet endroit là de frontière avec la Thaïlande).
Impressions des membres de la famille.
Tranquillité : les laotiens sont parfois
appelés « les corses » de l’Asie du Sud-Est. Les occidentaux complètement stressés que nous sommes accusent le coup : personne ne crie, ne s’énerve et quand ça bouchonne dans les
allées du marché, il suffit d’attendre un peu. Etonnant au premier abord, mais on finit par s’y faire. Pour les vacances en tous cas, faut pas pousser quand même !
Contrastes : de la journée, on retiendra notamment
quelques images assez étonnantes. Un moine bouddhiste (tenue orange, crane rasé), marchant à côté d’un énorme 4x4 flambant neuf. Des cabanes en tôle particulièrement pauvres à côté de
bâtiments colorés et refaits à neufs (un ministère ou un bâtiment du parti en général). A chaque coin de rue, on est frappé par les fils électriques, qui sont posés en plein air, dans un
enchevêtrement quasiment artistique. Face à face, sur la place centrale, on trouve un bâtiment 100% colonial (qui sert aujourd’hui de Bibliothèque nationale) et un bâtiment
100% stalinien.
Rue : c’est en réalité le lieu de vie de la
plupart des gens. La faible densité de population permet que tout le monde soit dehors sans se marcher dessus. On croise dans chaque rue des étals, en durs ou dans les roulottes. Fruits, poissons
séchés, produits de beauté : on peut tout y trouver. On s’arrête le matin pour acheter des bananes chaudes à une vieille Laotienne qui accepte de se faire prendre en photo mais s’excuse de
ne pouvoir sourire : apparemment, elle n’a plus vraiment de dents.


Transports : Bien que la circulation ait doublé ces dernières années, elle reste largement
supportable. Les Tuk-tuk (pouvant accueillir 6 passagers) et les parkings de mobylettes font bon ménage avec les 4x4 rutilants et les deux-chevaux à la peinture écaillée. Il n’y a pas de trains
au Laos. Pas de transports en commun dans la capitale. Pour voyager d’une ville à l’autre, il faut prendre le bus ou utiliser le Mékong.
Odeurs : première
remarque, on ne peut pas les louper. Poisson, épices, riz, travaux : attention aux odorats sensibles. Celles du marché laisseront d’ailleurs Sabine un peu groggy. A moins que ce ne soit la
vue d’une tête de porc sur un étalage qui l’ait un peu secouée. Le soir, les senteurs changent : on est baigné pendant quelques rues dans des effluves d’eucalyptus.
Marché : d’abord
des tôles, à perte de vue. Puis, lorsqu’on plonge dedans (littéralement), des bruits et des odeurs incroyables. On passe des étalages de viande, sur lesquels sont accroupies des femmes munies
d’un chasse mouche fait maison aux étalages d’électronique en passant par le coin poisson, fruits et légumes. Au détour d’un couloir du marché, on tombe sur un salon de coiffure, dans lequel les
femmes sont allongées à l’horizontal à 1 mètre 50 du sol. En plein milieu des étals de nourriture. Maman est tout à fait séduite… et séduisante ne peut s’empêcher de rajouter Papa (c’est
mignon !)
Repas : on déjeune sur
le bord du Mékong. On goute à nouveau le Lap (mélange froid de viande sautée et mélangée à de la citronnelle et d’autres épices). Puis une soupe Lao...un peu épicée. Le repas
s’est terminé par un dévorage collectif de Longhan, un fruit qui ressemble de très près au Litchis. Le soir, soupe (encore) à bord du bateau. Pour en savoir plus sur les multiples soupes qui
existent au Laos, on attend avec impatience la sortie de l’ouvrage de Raymond.
Rencontre : nous avons
été accueillis le temps d’un thé par la mère de Raymond. Elle a fuit le Vietnam en 1954 avec son fils et, sur le chemin de la Thaïlande qu’empruntaient alors beaucoup de réfugiés, elle s’est
arrêtée dans un camp au Laos. Et y est restée. Elle habite une petite maison dans le quartier Viet de Vientiane (Dong Palan). Souvenir de la visite : cette photo de Hô Chi Minh qui trônait
dans la pièce principale.
Communisme : quelques
uns poussent vers la sortie de Vientiane où se tient le monument à la gloire du grand Kaysone (voir article précédent). Monumental, le musée abrite une exposition qui montre toutes les étapes de
la prise du pouvoir par le parti communiste et à partir de 1975, la merveilleuse progression économique du pays grâce au camarade Kaysone. Dès le premier panneau, on sent que
l’exposition est légèrement orientée : ce dernier décrit le peuple Lao comme un peuple « travailleur, hospitalier et aimant sa mère patrie ». On voit tout au
long de l’exposition, Kaysone serrer la main de plusieurs leaders de partis communistes de différents pays. On trouve également une photo avec François Mitterand.
Contradiction ? : En nous baladant sur les bords
du Mékong, nous furent soudainement interrompus par un bruit assourdissant. En nous approchant d’un préau en plein air, nous purent admirer une cinquantaine de laotiens pratiquant une gymnastique
très rythmique au son de « I’m a Barbie girl, in a Barbie World ». Au dessus du préau, flotte un drapeau rouge avec la faucille et le marteau… La formule de Raymond résume bien notre
impression : « Au Laos, le communisme est soluble dans le dollar… »