Pour beaucoup de Laotiens, l’arrivée du parti communiste au pouvoir en 1975 a avant tout mis fin aux conflits qui duraient depuis plus
d’un siècle dans le pays. Si une grande partie des élites (étudiants, fonctionnaires, intellectuels, cadres) ont quitté le pays depuis cette date, la majeure partie de la population continue à
penser que ceux qui ont amené la paix pourront amener la prospérité.
Lors de leur prise du pouvoir en 1975, les membres du PPRL collectivisèrent les campagnes. Le manque de coopération des paysans (à qui l’ont interdisait de pratiquer
leur religion), l’absence de cadres (la plupart avaient fuit le régime) et une corruption très forte firent de cette expérience un échec total. Les premières années du régime communiste furent
difficiles pour les populations : baisse du pouvoir d’achat et dégradations des conditions de vie. La confiance dans le parti commença à montrer des signes d’effritement dès 1979. Sur le
plan national, le pays dépendait entièrement des financements extérieurs (URSS, Vietnam).
Pour faire face à ces difficultés, le parti entreprit une analyse profonde et une autocritique importante des politiques qu’il avait mises en place (peu commun comme
pratique non ?). Il choisit alors de laisser de côté la politique économique de collectivisation pour passer peu à peu à une politique de marché. S’il fit le choix de s’ouvrir économiquement
(circulation des biens à l’intérieur du pays, intégration dans un espace régional jusqu’à son adhésion à l’ASEAN), cette libéralisation économique ne fut pas suivie d’une libéralisation
politique. Après 30 années de lutte armée contre les Américains, les Français ou encore les Thaïlandais, les membres du PPRL ne comptaient pas renoncer au pouvoir de si tôt.
A la fois à cause d’une absence de « classe ouvrière » en tant que telle (71% de la population est composée de paysans), d’un encadrement très fort des
étudiants et d’un renouvellement très lent des cadres dirigeants du parti, les potentialités de contestation de la population sont assez restreintes. Des premières libertés ont commencé à être
données en matière de religion (pratique courante du bouddhisme par la population et même par des cadres du parti) mais sur le plan de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, ça
n’avance pas. En 1992, trois hauts dirigeants du parti furent condamnés à 14 ans de prison pour avoir critiqué le régime et réclamé un système pluripartiste.
Quand on y regarde de plus près, pas grand-chose de communiste dans ce pays. J’ai expliqué à notre conducteur de Tuk-Tuk médusé que chez nous, l’éducation et l’accès
aux soins étaient gratuits. Ici, il faut payer (cher) pour aller à l’école ou pour se faire soigner. Résultats : l’analphabétisme touche encore 50% de la population et l’état sanitaire
de la population laisse grandement à désirer (le SIDA fait des ravages). Le libéralisme économique n’a pas apporté non plus la prospérité attendue. A l’heure actuelle, les aides internationales
constituent 70% de son budget.
Quelques espoirs pour l’avenir : une croissance forte, une région du monde en expansion et une population
jeune devrait permettre au Laos de sortir un jour des pays les plus pauvres du monde. Il est urgent que le pays s’équipe en infrastructures pour développer son économie et donc le pouvoir d’achat
de ses habitants : routes, écoles, eau courante, électricité… dans beaucoup d’endroits, tout cela manque encore.